Pourquoi l’herbe de la pampa est une plante envahissante ?

L’herbe de la pampa (Cortaderia selloana) vient d’Amérique du Sud, et elle a un talent redoutable : s’adapter à presque tous les environnements. Zones humides, talus routiers, prairies, bords de mer, elle s’installe partout et elle pousse vite. Le problème, c’est qu’elle ne cohabite pas vraiment avec les autres plantes : elle les étouffe.

Chaque pied adulte peut produire jusqu’à un million de graines par an, dispersées par le vent sur plusieurs kilomètres. Une fois installée, elle prend le dessus sur la flore locale, réduit la biodiversité et modifie durablement les écosystèmes naturels. Plusieurs régions françaises, dont l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine, mènent déjà des campagnes d’arrachage massif pour tenter de freiner sa progression.

C’est un risque sanitaire pour l’humain et les cultures

Au-delà de l’impact environnemental, l’herbe de la pampa pose un problème de santé publique souvent sous-estimé. Son pollen est fortement allergisant et, avec une floraison décalée par rapport aux autres graminées (de l’été jusqu’à l’automne), elle prolonge la saison des allergies de deux à trois mois pour les personnes sensibles. Concrètement, quelqu’un qui souffre habituellement au printemps peut voir ses symptômes s’étirer bien au-delà.

Elle présente aussi d’autres dangers moins connus. Ses touffes denses et sèches sont très inflammables et favorisent la propagation des incendies. Elle peut par ailleurs servir de refuge à certains insectes ravageurs, notamment ceux qui s’attaquent aux cultures de maïs. Ce n’est donc pas juste une question d’esthétique ou de biodiversité : c’est une plante qui crée des problèmes concrets pour les agriculteurs et les riverains.

Est-on hors-la-loi si on a une herbe de la pampa dans son jardin ?

C’est la question que tout le monde se pose. La réponse courte : ça dépend de ta situation. Depuis l’arrêté ministériel du 2 mars 2023, l’herbe de la pampa est officiellement classée comme espèce exotique envahissante réglementée sur tout le territoire métropolitain. Cet arrêté actualise une réglementation qui existait déjà depuis 2018 et s’inscrit dans le cadre du règlement européen sur les espèces invasives.

Ce que la loi interdit désormais strictement, c’est introduire ou planter de nouveaux pieds, vendre ou acheter la plante, la transporter vivante, l’échanger ou la stocker sous forme de plants en pot. En revanche, si ton pied était déjà là avant 2023, tu n’es pas obligé de l’arracher immédiatement ni de le déclarer. Ce qui compte, c’est de ne pas laisser la plante se propager depuis ton jardin vers l’extérieur.

Comment supprimer l’herbe de la pampa proprement ?

Si tu veux t’en débarrasser (ce qui est fortement recommandé, surtout si tu es proche d’un espace naturel), il y a une méthode à respecter pour ne pas aggraver les choses. La priorité absolue, c’est de couper les plumeaux avant qu’ils n’arrivent à maturité, idéalement dès leur apparition en début d’été. Une fois les inflorescences formées, les graines peuvent s’envoler au moindre coup de vent.

Ces plumeaux doivent être placés dans des sacs poubelles bien fermés et apportés en déchetterie dans la filière tout-venant. Surtout pas au compost : les graines y survivent et la plante repart de plus belle. Pour l’arrachage du pied lui-même, les racines sont profondes et le travail est souvent plus conséquent qu’il n’y paraît. Pour les grosses touffes, un professionnel du paysage sera plus efficace qu’une tentative manuelle. Une fois le terrain libéré, plante rapidement des espèces locales pour éviter que la Cortaderia ne reprenne sa place.

J’avais un pied installé depuis au moins cinq ans au fond du jardin. J’ai coupé les plumeaux une première fois, puis j’ai essayé d’arracher à la main… Deux week-ends plus tard, j’avais toujours la moitié des racines en terre. J’ai finalement appelé un paysagiste. Il en a eu pour une demi-journée avec le bon matériel.”

— Martine, jardinière amateur en Gironde

Quelles sont les sanctions auxquelles tu t’exposes si tu ne fais rien ?

Soyons directs : les sanctions prévues par le Code de l’environnement sont sévères sur le papier. Le non-respect de la réglementation sur les espèces exotiques envahissantes peut entraîner jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende. Dans les zones protégées (parcs nationaux, réserves naturelles), les peines peuvent être doublées.

En pratique, personne ne va venir sonner à ta porte parce qu’un vieux pied pousse au fond de ton jardin depuis dix ans. Mais si tu continues à planter, vendre ou propager volontairement l’espèce, le risque juridique est réel. L’esprit de la loi, c’est surtout d’arrêter la diffusion active de la plante, pas de sanctionner les propriétaires qui ignoraient l’interdiction. Ce qui compte maintenant, c’est de ne pas faire comme si tu ne savais pas.